TP 2 : Firewall

François Lesueur (francois.lesueur@insa-lyon.fr)

Ce TP sera réalisé dans la VM MI-LXC disponible ici. L’infrastructure déployée simule plusieurs postes dont un SI d’entreprise (firewall, DMZ, intranet, authentification centralisée, serveur de fichiers, quelques postes de travail internes de l’entreprise Target), une machine d’attaquant “isp-a-hacker” et quelques autres servant à l’intégration de l’ensemble.

Pour les curieux, le code de MI-LXC, qui sert à générer cette VM automatiquement, est disponible avec une procédure d’installation documentée ici

Vous devez vous connecter à la VM en root/root. MI-LXC est déjà installé et l’infrastructure déployée, il faut avec un terminal aller dans le dossier /root/mi-lxc. Pour démarrer l’infrastructure, tapez ./mi-lxc.py start. Une fois l’environnement démarré, le firewall est à configurer sur la machine “target-router” (./mi-lxc.py attach target-router). Vous devrez travailler en root (mot de passe : root) pendant tout le TP (car seul root est habilité à manipuler le pare-feu).

Dans la VM et sur les machines MI-LXC, vous pouvez installer des logiciels supplémentaires. Par défaut, vous avez mousepad pour éditer des fichiers de manière graphique. La VM peut être affichée en plein écran. Si cela ne fonctionne pas, il faut parfois changer la taille de fenêtre manuellement, en tirant dans l’angle inférieur droit, pour que VirtualBox détecte que le redimensionnement automatique est disponible. Il y a une case adéquate (taille d’écran automatique) dans le menu écran qui doit être cochée. Si rien ne marche, c’est parfois en redémarrant la VM que cela peut se déclencher. Mais il faut la VM en plein écran.

Avant de commencer le TP, vous devez lire le chapitre Netfilter du Wikilivre “Administration Réseau sous Linux”.

Note 1 : Pour les plus aventuriers, il est possible d’utiliser nftables, le successeur d’iptables. Quelques infos de démarrage sont proposées ici

Note 2 : Le TP est prévu sur IPv4, mais l’infrastructure supporte également IPv6. Vous pouvez donc aussi regarder IPv6 si vous le souhaitez.

Topologie du routeur

Connectez-vous sur la machine “target-router” : ./mi-lxc.py attach target-router

Puis regardez sa configuration réseau avec notamment ses deux interfaces (à quoi servirait un routeur avec une seule…) “eth0” et “eth1”, par exemple avec ifconfig ou ip addr. Identifiez laquelle se situe côté interne et laquelle côté externe de l’entreprise et notez l’adresse IP de chacune.

Protection de la machine firewall

Nous allons maintenant mettre en place un firewall sur la machine “target-router”. En utilisant la page de manuel d’iptables, affichez l’ensemble des règles actives. Vous devriez voir quelque chose qui ressemble à :

Chain FORWARD (policy DROP 0 packets, 0 bytes)
 pkts bytes target     prot opt in     out     source               destination         
    0     0 ACCEPT     all  --  eth0   eth1    0.0.0.0/0            100.80.1.2          
    0     0 ACCEPT     all  --  eth0   eth1    0.0.0.0/0            0.0.0.0/0            state RELATED,ESTABLISHED
    0     0 ACCEPT     all  --  eth1   eth0    0.0.0.0/0            0.0.0.0/0           

Chain INPUT (policy ACCEPT 0 packets, 0 bytes)
 pkts bytes target     prot opt in     out     source               destination         

Chain OUTPUT (policy ACCEPT 0 packets, 0 bytes)
 pkts bytes target     prot opt in     out     source               destination         

Vous voyez donc pour chaque chaîne :

Pour le moment, peu de règles sont définies ; par la suite, cette commande vous permettra de lister l’ensemble des règles actives dans la table “filter”.

Première règle iptables

Vérifiez que vous pouvez vous connecter en SSH sur la machine “target-router” depuis la machine “isp-a-hacker” (./mi-lxc.py attach isp-a-hacker) :

ssh root@100.64.0.10

Nous allons maintenant interdire toutes les connexions sur le port 22 (SSH). Pour cela, il faut interdire dans la chaîne INPUT les paquets TCP sur le port 22 avec la cible DROP.

Appliquez la règle avec la commande iptables sur “target-router”. Essayez maintenant de vous connecter en SSH sur votre machine “target-router” depuis la machine “isp-a-hacker”.

Nous avons ici utilisé l’action DROP. Vous pouvez constater que la connexion est bien refusée mais que le client SSH met un certain temps à s’en apercevoir. Pourquoi ? Comment changer ce comportement ?

Priorité des règles

Un même paquet peut correspondre à plusieurs règles de filtrage, éventuellement contradictoires : Netfilter applique les règles dans l’ordre et choisit systématiquement la première règle correspondant au paquet (attention, certains firewalls procèdent dans le sens contraire tandis que celui de Windows ne prend pas en compte l’ordre…). On parle alors de masquage de règles.

Afin de tester ce comportement, nous allons utiliser les paramètres de filtrage de la section “Critères” du Wikilivre.

Dans la pratique, le masquage est souvent utilisé volontairement pour spécifier un cas général peu prioritaire et des cas particuliers plus prioritaires. Évidemment, c’est également source d’erreurs dans ces cas complexes.

Modules iptables

iptables est extensible par un système de modules. Vous trouverez une description des modules existants dans le manuel de “iptables-extensions”.

Comment

Le module comment, comme son nom l’indique, permet d’associer un commentaire à une règle afin d’assurer la bonne compréhension par tous des règles en place. Pour utiliser le module : iptables -A INPUT -m comment --comment "Ceci est un commentaire" -j...

Multiport

Le module multiport permet de créer une règle unique correspondant à plusieurs ports (plutôt que plusieurs règles) : iptables -A INPUT -m multiport -p tcp --dports port1,port2,port3 -j...

Créez une règle avec multiport autorisant les ports 22 et 53. N’hésitez pas à ajouter un commentaire pour y voir plus clair (plusieurs modules peuvent être utilisés simultanément).

Suivi de connexion (“state”)

Netfilter permet le suivi des connexions via le module “state” (firewall stateful). Ce module permet d’identifier les nouveaux flux, les flux établis et les flux liés à un autre flux. Ce suivi de connexion permet d’affiner le filtrage de certains protocoles.

Le module “state” définit plusieurs états possibles pour les flux réseau, dont :

Par exemple, la règle déjà existante dans la chaîne FORWARD : ` 0 0 ACCEPT all – eth0 eth1 0.0.0.0/0 0.0.0.0/0 state RELATED,ESTABLISHED signifie que seulement les paquets RELATED ou ESTABLISHED sont autorisés de eth0 vers eth1`, ie, seules les “réponses” peuvent passer dans ce sens.

Pour voir l’effet de la question suivante, tout d’abord bloquez tout en sortie avec cette politique : iptables -P OUTPUT DROP

Puis créez une règle pour autoriser, en sortie du firewall, uniquement les réponses à des connexions SSH entrantes (à destination du service SSH sur le firewall).

Mise en place d’une politique de sécurité réseau

Spécification

L’objectif d’une politique de sécurité réseau est de limiter les services accessibles depuis l’extérieur (approche historique) ainsi que de segmenter le réseau interne en zones distinctes (avec autorisations limitées entre ces zones, afin de limiter les risques de propagation automatique/pivot). Une telle politique se définit en trois étapes :

  1. Création de zones réseau logiques via des sous-réseaux
  2. Identification des services réseau portés, et accédés, par chaque machine
  3. Définition des flux réseau autorisés entre zones en fonction des besoins identifiés précédemment (par défaut, tout doit être interdit puis les services souhaités sont explicitement autorisés). Ceci constitue la “matrice de flux”

Ci-dessous un exemple de matrice de flux qui pourrait correspondre aux 2 zones initiales (insuffisante, donc, et attention ce n’est pas ça qui est implémenté par l’iptables initial) :

src\dst   ext int
ext X SMTP(S),IMAP(S),HTTP(S),DNS
int tout X

Décrivez sur papier une politique de sécurité réseau raisonnable pour le SI complet de l’entreprise. À vous d’explorer le SI à partir des éléments suivants sur les machines :

Les noms des conteneurs peuvent être affichés avec ./mi-lxc.py (sans paramètres), les machines ne commençant pas par “target-“ représentent le “reste du monde” (WAN). Le plan d’adressage peut être affiché avec ./mi-lxc.py print. La commande ss -lnptu permet d’afficher les ports en écoute, et donc les services, sur une machine donnée.

Votre description (matrice de flux sous forme tabulaire avec les machines sources en lignes et destinations en colonnes et services autorisés dans les cases, ou graphique) doit être claire et suffisamment précise pour être non ambiguë : un autre étudiant, avec cette description uniquement, devrait pouvoir refaire exactement la même implémentation avec iptables.

Faites valider votre matrice de flux (tabulaire ou graphique, pas des commandes iptables) par l’enseignant.

Implémentation

Une fois que la politique réseau a été précédemment définie sur le papier (phase de spécification), nous pouvons passer à l’implémentation dans les routeurs (sous-réseaux) et pare-feu (règles de filtrage).

Implémentez votre matrice de flux sur la machine “target-router”. Vous aurez besoin de procéder en deux étapes :

L’arborescence de MI-LXC et les fichiers json manipulés ici sont décrits ici.

Évaluation

Évaluez la faisabilité du scénario d’intrusion réalisé au TP1 une fois les règles de firewall déployées.

Contournement de la politique

Imaginez que vous êtes le développeur et que vous souhaitez fournir un accès au serveur web interne de prototypage “target-intranet” à un client externe, alors que celui-ci n’est normalement pas accessible de l’externe ! Vous allez créer un tunnel pour contourner la politique de sécurité. Vous disposez pour cela des machines “target-dev” (votre poste de travail interne) et “isp-a-home” (une machine extérieure, à votre domicile).

Côté “isp-a-home” :

service apache2 stop   # Libération du port 80
while true; do nc -v -l -p 80 -c "nc -l -p 8080"; done

Côté “target-dev” :

while true; do nc -v 100.120.0.3 80 -c "nc 100.80.0.5 80"; sleep 2; done

Pour rappel :

Testez (avec la machine du hacker) que vous pouvez bien accéder au serveur intranet depuis l’externe sans aucun contrôle via l’URL http://100.120.0.3:8080

Il est très difficile de bloquer ou même détecter les tunnels (imaginez un tunnel chiffré par SSH, ou qui mime une apparence de HTTP, etc.)

Bonus

Shorewall

Vous avez pu vous rendre compte de la complexité du réglage manuel du pare-feu. En particulier, la lecture des règles existantes ou la vérification de leur cohérence présente de nombreuses difficultés. La maintenance d’une telle solution est donc complexe dans un environnement de production : les règles changent souvent et demandent une inspection régulière.

De nombreuses solutions ont été développées pour faciliter la gestion des règles iptables. Nous allons ici utiliser Shorewall. Shorewall n’est pas un démon et repose entièrement sur iptables. Il consiste en une série de scripts permettant de simplifier la configuration, notamment en définissant la notion de zones. Sur “target-router”, installez shorewall (apt-get install shorewall) puis réimplémentez votre politique de sécurité avec cet outil.

Note : Pour les plus aventuriers, il est possible d’expérimenter firewalld, un outil plus moderne

FTP

FTP, comme quelques autres protocoles, présente des difficultés particulières pour les firewalls. En effet, la partie contrôle de FTP se passe sur une connexion (et un port) distinct de la partie données. Les firewalls modernes savent créer le lien entre ces deux connexions pour y appliquer un contrôle adapté.

Un serveur FTP est installé sur “target-dmz”, configurez le firewall pour permettre son usage (transfert de fichiers) depuis une machine externe au SI. Attention, le FTP demande une connexion avec un utilisateur existant, par exemple debian/debian.